L'Attendre

Publié le 24 Décembre 2015

Arriva enfin le coup de fil désespéré tant espéré… et oui c’était moi et oui c’était bien moi…

Nous décidâmes de nous rencontrer au plus tôt…

Et me voilà là… à l’attendre… la musique semble planer au-dessus de nous… et je me sens comme flotter… comme du bois flotté… au gré des vagues au gré du vent… ivre et pourtant n’ayant pas bu… mon esprit va et vient… allant et repartant au dehors tant qu’au-dedans de ma tête vide…

Elle apparaît là-bas comme désemparée… ne sachant ni que faire ni où aller… ou regarder… et ne sais que faire… si l’appeler… à tout moment maintenant quelque chose peut se passer… quelque chose va se passer… quelque chose doit se passer… mais elle se retourne hésitante comme prêt à repartir… à tout abandonner… sans pour autant perdre de terrain… irais-je la rejoindre… lui jeter la bouée qu’elle m’a tendue… et déjà me voici prêt à embarquer pour Rome ou Rio… et l’emporter jusqu’à l’autre bout de ma vie…

Havane hésitante entre le passé et le présent… elle fonce finalement droit sur moi… passe presque sans me voir… et me demande ‘Êtes-vous… tu… ?’ ‘Oui…’ répondis-je avant même d’entendre sa question… elle se penche vers moi et dépose un baiser sur ma joue… je me tends vers elle et lui rend la pareille… et je pense que tout l’établissement va maintenant me prendre pour un satyre venu rencontrer sa jeune proie…

Elle s’assied et sourit… et je me sens déjà tant embrassé qu’embarrassé… embarqué… en partance… là-bas dans le coin il y a un groupe ou une famille… qui semble se croit à une grand soirée d’opéra pour la première fois… et je regarde ma diva en blue jeans…

J’essaie tant que je peux de me concentrer… à la table voisine il y a deux hommes… l’un semble assez âgé pour être le grand-père de l’Adonis qui n’arrête pas de me regarder en souriant… elle parle et je retrouve son monde… le bar parisien déborde de monde venu pour voir et venu pour être vu… sauf nous… ‘Oui… dis-je nous nous trouvons enfin’… et j’ai deux anges en face de moi qui sourient… il commence à se faire des illusions et je commence à m’en faire pour nous deux…

Quel homme trouvera-telle en moi ? Quel homme attend-elle de moi ? Se confiera-t-elle à moi ? Quelle femme trouverai-je en elle ? Qu’attendais-je d’elle ? J’ai une furieuse envie de me lever et de partir… mais je suis de plomb et mon corps semble vissé à mon fauteuil… touché coulé… ma seule bouée sur cette mer démontée c’est bien elle… je rame… je suis à la ramasse… et c’est là qu’elle lâche la bombe…

Alors qu’attendais-tu ?

Un million de choses me traversent l’esprit à la vitesse lumière… j’ai l’impression que mon cerveau est plongé dans l’eau bouillante… on ne sait jamais avec les femmes… vous dites une chose et elle n’apprécient pas… vous en dites une autre et elles prennent tout à l’envers… et si l’idée de lui retourner la question m’interpelle ce serait trop facile…

Je ne sais pas… répondis-je… je ne suis pas le genre à m’attendre à quelque chose… et les devinettes ne sont pas mon fort… je prends les gens comme ils sont…

Rien ? Rien du tout ?

Je ne m’attendais pas à toi… je sais que cela peut être dur à entendre… et pas plaisant mais c’est pourtant la vérité… je dois me faire à l’idée de toi…

Ainsi je suis une… idée…

J’éclate de rire… Non tu n’es pas une idée’

Elle rit de concert…

Si je devais briser la glace je venais certainement de la briser… nous avons parlé pendant des heures… la vie… l’art… la philosophie… la religion… la spiritualité… tout en manoeuvrant pour éviter l’essentiel… délit de courtoisie… à vous de voir… le temps passa et nous dépassa… nous allons devoir prendre un taxi maintenant… nous allons devoir nous revoir… encore et encore… où… quand… et je me demande déjà pourquoi… cette fille est à moi et n’est pas à moi… elle a besoin de voir l’autre moitié du monde… dont je n’ai pas la carte… ni la boussole…

Est-ce que je l’aime ou pas… je n’en sais absolument rien… ce n’est pas comme si j’avais le choix… des options… les choses sont comme elles sont… telles que nous les voyons…

Je ne peux pas la prendre comme telle et je dois la prendre comme elle est…

Mon téléphone sonne… je le laisse sonner…

Tu ne réponds pas ?

Je connais trop bien le truc… c’est vieux comme le monde… toutes les femmes jouent ce jeu-là… qui suis-je… est-ce que je vis seul… ai-je des enfants… quelqu’un d’autre… la concurrence…

Je ne joue pas à ce jeu… il faudra qu’elle se contente du vieux loup de mer qu’elle a pour le moment… les femmes bâtissent… planifient… projettent… les hommes sont des jardiniers… ils prennent la vie comme elle leur vient… ou du moins la plupart… pas moi…

‘Je pense que nous ferions mieux de nous revoir…

Et bien c’est sympa… nous ferions mieuxle culot de cette fille… mais j’aime ça chez les gens… cela ne me gêne pas… au contraire… cela montre qu’ils ont du caractère… et j’aime les gens qui ont du caractère…

‘Oui… nous ferions biendans ton intérêt… renchéris-je…

T’as intérêt !

in L'Attendre


Jesse CRAIGNOU

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Rédigé par Jesse CRAIGNOU

Publié dans #Littérature - Literature

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